đŸš« FreeWeChat : Elon Musk, complice de la censure

La liberté d'expression, quand ça lui chante

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Courts-circuits

🆕 Les derniùres perturbations de l’internet

Les derniers blocages en date :

SoueĂŻda (Syrie) đŸ‡žđŸ‡Ÿ L’ONG Access Now et ses 344 partenaires de la coalition #KeepItOn ont demandĂ© au gouvernement de transition syrien de rĂ©tablir l’accĂšs Ă  internet dans le gouvernorat de SoueĂŻda, perturbĂ© Ă  partir de la mi-juillet aprĂšs des affrontements meurtriers entre Druzes et BĂ©douins dans la rĂ©gion.


Russie đŸ‡·đŸ‡ș On en sait un peu plus sur les coupures internet un peu partout en Russie. D’aprĂšs Na Svyazi, une organisation qui documente les violations des droits numĂ©riques dans le pays, relayĂ©e par l’ONG Access Now, les autoritĂ©s russes ont interrompu l'accĂšs Ă  internet plus de 650 fois en juin seulement, principalement dans les villes de Nijni Novgorod, Saratov, Toula, Omsk, Krasnoyarsk et Rostov.

AprĂšs plusieurs jours de perturbations signalĂ©es, MikhaĂŻl Kotioukov, le gouverneur de la rĂ©gion russe de Krasnoyarsk, en SibĂ©rie centrale, a confirmĂ© le 29 juillet que des “restrictions temporaires” avaient Ă©tĂ© imposĂ©es sur l’accĂšs Ă  l’internet mobile dans la rĂ©gion, d’aprĂšs un article de Meduza. Selon lui, ces restrictions sont liĂ©es Ă  “la nĂ©cessitĂ© de renforcer les mesures de sĂ©curitĂ© dans certaines parties de la rĂ©gion de Krasnoyarsk, sur la base des informations actuelles et afin de prĂ©venir les menaces en ligne”. Bien sĂ»r, il n’a pas prĂ©cisĂ© quelles Ă©taient ces menaces
 En tout cas, le ministĂšre russe de la DĂ©fense n’a signalĂ© aucune attaque de drones ukrainiens dans la rĂ©gion.

ParallÚlement, Meduza rapporte aussi que l'internet a été perturbé à 17 reprises au cours des deux derniers mois à Moscou.

Des actes qu’a recensĂ© Human Rights Watch dans un nouveau rapport (en anglais) de 50 pages sur la censure en Russie, sous le titre “Disrupted, Throttled, and Blocked: State Censorship, Control, and Increasing Isolation of Internet Users in Russia” (en VF, “PerturbĂ©, Ralenti et BloquĂ© : Censure d'État, ContrĂŽle et Isolement Croissant des Internautes en Russie”).

En revanche, micro bonne nouvelle (si c’est avĂ©rĂ©) : l’interdiction imminente de WhatsApp serait “une rumeur ridicule”, d’aprĂšs le prĂ©sident du ComitĂ© de la politique de l'information de la Douma d'État, Sergey Boyarsky, rapportĂ© par Gazeta.ru. Non pas que le pays n’envisage pas de bannir l’appli de messagerie de Meta, classĂ©e comme organisation extrĂ©miste, mais cette interdiction pourrait attendre encore un peu.

NĂ©anmoins, selon des sources proches de l'administration de Poutine citĂ©es par Meduza, il y aurait “99 % de chances” que WhatsApp soit bloquĂ©e, bien que les autoritĂ©s n'aient fourni aucune confirmation officielle ni d'Ă©chĂ©ance prĂ©cise. Le gouvernement travaille actuellement sur Max, une alternative locale de messagerie destinĂ©e Ă  remplacer les plateformes Ă©trangĂšres, dont WhatsApp.


Soudan đŸ‡žđŸ‡© Les appels via WhatsApp sont bel et bien interdits au Soudan, en revanche. L'AutoritĂ© de rĂ©gulation des tĂ©lĂ©communications et des postes (TPRA) a annoncĂ© cette mesure comme une Ă©tape prĂ©ventive pour rĂ©pondre aux potentielles menaces de sĂ©curitĂ© et protĂ©ger la sĂ©curitĂ© nationale ainsi que les intĂ©rĂȘts du pays. Cette restriction restera en vigueur jusqu'Ă  nouvel ordre.


Iran đŸ‡źđŸ‡· La ville de TĂ©hĂ©ran a installĂ© des hauts-parleurs pour informer la population lorsque l’accĂšs Ă  internet est coupĂ©. En dehors des crises, ils diffuseront les appels Ă  la priĂšre. Un signe que les coupures internet pourraient se gĂ©nĂ©raliser dans le pays Ă  la moindre crise ?


Pornographie 🍆 Alors que les sites du groupe Ayo Ă  nouveau bloquĂ©s en France, le Royaume-Uni demande dĂ©sormais aux utilisateurs de s’identifier pour accĂ©der Ă  des sites pornographiques (comme le demande l’Online Safety Act), faisant de fait grimper les installations de VPN. Un pays moins connu, le Kirghizistan, vient lui tout bonnement d’interdire l’accĂšs de ses internautes Ă  tout contenu pornographique.

Le site The Tab, quant Ă  lui, a recensĂ© les pays oĂč la plateforme OnlyFans est interdite d’accĂšs (au moins 17 pays) et ceux oĂč elle est fortement restreinte (8 pays).

Le reste de l’actu de la censure numĂ©rique en bref :

đŸ‡źđŸ‡· Initialement adoptĂ©e par le parlement iranien, la proposition de loi “contre les fake news”, qui aurait inclus des peines de prison allant jusqu’à 15 ans, a semble-t-il Ă©tĂ© retirĂ©e par le gouvernement aprĂšs une forte opposition.

đŸ‡§đŸ‡© Autre bonne nouvelle : le ministĂšre des Postes et des TĂ©lĂ©communications du Bangladesh a ordonnĂ© Ă  la Commission de rĂ©gulation des tĂ©lĂ©communications du pays (BTRC) de supprimer la disposition autorisant les coupures internet de la loi sur les tĂ©lĂ©communications. (Cela fait beaucoup de fois le mot “tĂ©lĂ©communications”.)

📝 Et pour les anglophones, l’organisation Digitally Right et OONI viennent de publier un long rapport sur les coupures internet au Bangladesh en 2024. C’est à lire par ici. 

🇼🇳 L’Etat indien du Maharashtra impose des rĂšgles d’utilisation des rĂ©seaux sociaux Ă  ses fonctionnaires. Ces rĂšgles incluent notamment l’interdiction de “critiquer la politique du gouvernement”. 

✊ Toujours en Inde, l’ONG SFLC.in lance sa quatriĂšme cohorte de ‘DĂ©fenseurs numĂ©riques’, sortes de porte-paroles de la dĂ©fense des droits numĂ©riques dans le pays.

Fusibles ou disjoncteurs ?

🔎 EnquĂȘte sur le rĂŽle du secteur privĂ©

Censure de FreeWeChat : GreatFire demande des comptes

Cette semaine, Coupe-circuit revient avec quelques nouvelles de l’affaire Cloudflare/Group-IB contre GreatFire.

TL;DR - Pour celles et ceux qui n’auraient pas lu les premier et deuxiĂšme Ă©pisodes, voici un rĂ©sumĂ© : GreatFire, une ONG qui lutte contre la censure chinoise en archivant des contenus bloquĂ©s sur WeChat via son site FreeWeChat, a Ă©tĂ© la cible d’une procĂ©dure-bĂąillon menĂ©e par Tencent, le gĂ©ant derriĂšre WeChat. PlutĂŽt que d’agir directement, Tencent s’est appuyĂ©e sur Group-IB, une entreprise de cybersĂ©curitĂ© basĂ©e Ă  Singapour (mais fondĂ©e en Russie), pour faire pression sur Cloudflare et l’hĂ©bergeur de FreeWeChat et faire fermer le site au nom de violations de droits d’auteur. Group-IB a obtenu gain de cause, puisque l’hĂ©bergeur en question a suspendu le site FreeWeChat. GreatFire a dĂ©noncĂ© une manƓuvre de censure dĂ©guisĂ©e, arguant que ses outils relĂšvent du fair use et de l’intĂ©rĂȘt public. Group-IB a rĂ©pondu timidemenet Ă  mes sollicitations, sans donner beaucoup de prĂ©cisions autres que le fait que l’entreprise offre en effet des services de lutte contre la violation de droits d’auteur et l’usurpation de marque, notamment. GreatFire comptait se battre et demander Ă  son ex-hĂ©bergeur de revenir sur sa dĂ©cision.

Et maintenant, les nouveaux éléments. Mi-juillet, un nouvel acteur est entré dans la danse : X.

La plateforme de rĂ©seau social d’Elon Musk, anciennement connue sous le nom de Twitter, aurait Ă  son tour suspendu è‡Șç”±ćŸźäżĄ (@FreeWechat), un compte gĂ©rĂ© par GreatFire qui partage les contenus publiĂ©s sur FreeWeChat de maniĂšre automatisĂ©e.

AprĂšs avoir demandĂ© Ă  Grok, le chatbot dopĂ© Ă  l’intelligence artificelle de X, la raison de cette suspension, GreatFire a reçu cette rĂ©ponse : “AprĂšs vĂ©rification, le compte FreeWeChat sur X est bien suspendu, la page affichant ‘Compte suspendu’ pour violation des rĂšgles de X. Cela s'est produit peu aprĂšs ma rĂ©ponse prĂ©cĂ©dente et correspond aux plaintes pour marque dĂ©posĂ©e de Tencent contre FreeWeChat, comme rapportĂ© par GreatFire.org et des mĂ©dias comme The Register (11 juillet 2025). [
] X a probablement agi sur la base d'une plainte formelle de Tencent, et non de maniĂšre unilatĂ©rale, pour traiter des allĂ©gations de violation de propriĂ©tĂ© intellectuelle. En cas d'erreur, un recours est possible via le support de X.”

ConseillĂ©e par Grok pour rĂ©dgier un message adressĂ© Ă  Elon Musk, GreatFire a tweetĂ© Ă  l’attention du propriĂ©taire de la plateforme : “Hey @elonmusk ! En tant qu'absolutistes de la libertĂ© d'expression, pourquoi X joue-t-il au jeu de la censure de Tencent ? Nous ne faisons qu'archiver les vĂ©ritĂ©s supprimĂ©es de WeChat - comme un musĂ©e numĂ©rique de l'interdit. LibertĂ© d'expression absolue... sauf quand les marques sont concernĂ©es ? 😂 LibĂ©rons la parole des censeurs !” Ce message est pour l’instant restĂ© sans rĂ©ponse


En interne, GreatFire se mobilise Ă©galement. Comme elle l’avait annoncĂ© Ă  Coupe-circuit, l’ONG a recueilli la signature de plusieurs autres organisations de lutte pour la dĂ©fense des droits numĂ©riques dans une lettre adressĂ©e Ă  l’ancien hĂ©bergeur de FreeWeChat, qui a deux semaines pour rĂ©pondre.

“Nous ne voulons pas faire de tort Ă  cette sociĂ©tĂ©, c’est pourquoi nous avons envoyĂ© cette lettre de maniĂšre confidentielle pour le moment,” un porte-parole de GreatFire a expliquĂ© Ă  Coupe-circuit. Sans rĂ©ponse satisfaisante, en revanche, l’ONG se rĂ©serve le droit de la rendre publique - et de fait de divulguer le nom de l’hĂ©bergeur.

De son cĂŽtĂ©, Coupe-circuit a fait chou blanc auprĂšs des diffĂ©rents protagonistes de cette histoire. Les communicants de chez Cloudflare sont bien revenus vers moi
 mais pour me dire qu’ils ne communiqueraient pas sur cette affaire. Par ailleurs, aucune nouvelle de Tencent, de l’ex-hĂ©bergeur de FreeWeChat ou de Gandi.net. Group-IB, enfin, ne m’a pas donnĂ© plus d’information depuis la derniĂšre fois.

Merci d’avoir lu Coupe-circuit 🔕🔇! Si cette Ă©dition vous a plu, partagez-la autur de vous.