Ouganda : l'internet coupé deux jours avant le scrutin
Une coupure internet a débuté en Ouganda, deux jours avant l'élection présidentielle.
Le gouvernement avait pourtant promis de maintenir l’accès à internet…
En Ouganda, alors que les citoyens se préparent pour l’élection présidentielle du 15 janvier, qui oppose le président sortant, Yoweri Museveni, et son opposant Robert Kyagulanyi Ssentamu, chanteur connu sous son nom de scène Bobi Wine, le gouvernement avait promis de maintenir l’accès à internet.
Et pourtant… Dans l’après-midi du 13 janvier, des sources anonymes ont partagé avec Coupe-circuit un document qui semblait officiel de la Commission ougandaise des communications (Uganda Communications Commission, ou UCC, en VO) demandant à tous les fournisseurs d’accès à internet, y compris les opérateurs mobiles, de suspendre l’accès à internet dans le pays à partir de 18:00, heure locale, ainsi que la vente et l’enregistrement de nouvelles cartes SIM - et ce jusqu’à nouvel ordre.
D’après l’UCC cette coupure doit s’appliquer à tous les types de services d’accès à internet, y compris l’internet mobile haut débit sans fil et par fibre optique, les connexions cellulaires, les lignes louées (“leasing lines”), les liaisons radio-micro-ondes et les services Internet par satellite.
Les contenus bloqués doivent inclure la navigation web, les plateformes de réseaux sociaux et applications de messagerie, le streaming vidéo et les e-mails personnels.
“Cette mesure est nécessaire pour limiter la propagation rapide de la désinformation et des fausses informations en ligne, prévenir les fraudes électorales et les risques connexes, ainsi que pour empêcher l'incitation à la violence pouvant affecter la confiance du public et la sécurité nationale pendant la période électorale”, indique la Commission pour justifier son acte.
Toutefois, l’UCC précise maintenir une liste blanche - des services exclus de ce blocage - afin de “garantir la sécurité publique, le fonctionnement des fonctions nationales critiques et maintenir l’intégrité opérationnelle des infrastructures de communication”.
“Cette liste autorise l'accès continu à des services essentiels et des systèmes nécessaires pour la surveillance et la gestion du réseau, mais est limitée exclusivement aux services internet non mobiles,” ajoute l’UCC.
“L'accès à ces systèmes exclus doit être limité exclusivement au personnel autorisé et mis en œuvre via des mécanismes sécurisés et autorisés tels que les arrangements IP dédiés, les VPN ou les circuits privés.”
Les opérateurs sont sommés de suspendre tout usager qui accédaerait à un service qui devrait être bloqué.
Rapidement, la coupure internet en Ouganda est confirmée par Netblocks et Cloudflare, qui détectent tous deux une chute des connexions basées dans le pays.

Quelques minutes plus tard, l’ONG Access Now a réagi, notant que “le trafic internet a chuté de 95% en moins de 30 minutes après l’émission de la lettre de l’UCC.
Avant ces réactions, l’opposant Bobi Wine avait lui-même publié la lettre de l’UCC sur ses réseaux sociaux et dénoncé la coupure annoncée.
The criminal regime has announced an internet shutdown throughout Uganda, beginning 6:00pm today, ahead of the election on Thursday.
— BOBI WINE (@HEBobiwine) January 13, 2026
Have you downloaded Bitchat yet? If not, you have a small window to do so. Click on this link: https://t.co/Aog8gOmS2a
Also, have you uploaded… pic.twitter.com/vx9xIJA8wA
Dans son message, Wine enjoint aussi les Ougandais à télécharger Bitchat, une application de messagerie créée par Jack Dorsey, le fondateur de Twitter, qui fonctionne sans accès à internet et s’appuie sur le protocole Bluetooth, ainsi que Kunga, une application qu’il a lui-même lancée pour “sécuriser le vote.”
“L’Ouganda sera libre !”, a conclu l’opposant politique.