🌍 PME africaines : le coût des coupures internet
Les recommendantions de Davos pour arrêter l'hémorragie
Courts-circuits
🆕 Les dernières perturbations de l’internet
Les derniers blocages en date :
Pakistan 🇵🇰 Le média 24 News HD a rapporté des coupures internet, notamment sur mobile, à Karachi le 4 juillet en marge de la commémoration du 8e jour de Muharram, le mois sacré du calendrier islamique.
Togo 🇹🇬 Alors que le pays est en proie à des manifestations après que le président, Faure Gnassingbé, a changé la constitution pour se nommer président du Conseil, un poste sans limitation de mandats, Netblocks a confirmé le 28 juin que les usagers de Yas Togo, l'opérateur majeur du pays, ne pouvaient plus accéder aux applications TikTok, Facebook et Telegram. Le 3 juillet, OONI a confirmé avoir observé ces blocages, ajoutant ceux des applications Signal, YouTube et DuckDuckGo…
Guinée équatoriale 🇬🇶 Le 3 juillet, l’ONG Access Now et la coalition #KeepItOn ont lancé une campagne de sensibilisation pour faire cesser une coupure internet peu médiatisée, qui dure depuis près de 350 jours sur l'île d'Annobón, en Guinée equatoriale, depuis que, le 20 juillet 2024, le gouvernement a coupé les services de téléphonie mobile et d’internet, plongeant la plus petite des sept provinces du pays dans un blackout numérique à la suite de manifestations contre l’utilisation de la dynamite pour l'extraction minière sur l'île.
De plus, dans le cadre d’une répression violente contre les signataires d’une lettre soutenant les manifestations, les forces de sécurité ont arrêté au moins 16 personnes lors d’une opération de ratissage maison par maison. Des dizaines d’habitants d’Annobón ont également été arbitrairement détenus dans des conditions inhumaines, sans procédure régulière ni inculpation formelle (Access Now dit 38, l’Organisation des nations et des peuples non représentés dit 42). A l’heure d’écrire ces lignes, 37 ont été relâchés.
Turquie 🇹🇷 Le 1er juillet, Netblocks a révélé que l'accès au site web de l'hebdomadaire satirique Leman a été restreint dans le pays après que des membres du gouvernement ont critiqué une prétendue représentation des prophètes Moïse et Mahomet se serrant la main dans le ciel, entraînant l'arrestation des caricaturistes.
Iran (suite) 🇮🇷 Les satellites d’Elon Musk interdits dans le pays ? Le parlement iranien a adopté une législation criminalisant l'utilisation, l'exploitation ou la possession du système d'internet par satellite Starlink, invoquant des préoccupations en matière de sécurité nationale et de communications non autorisées. Les autorités avertissent que les sanctions pourraient inclure de lourdes amendes, des peines de prison et même des châtiments corporels. Le projet de loi attend désormais l'approbation du Conseil des gardiens avant de devenir une loi applicable.
Dans le même temps, aux Etats-Unis, l’ONG NetFreedom Pioneers (NFP), qui fournit des services internet aux Iraniens via le service d’internet par satellite de Starlink, a demandé au département d'État de rétablir de toute urgence leur financement, rapporte CNN. Malheureusement, leur demande a fait lettre montre jusqu’ici.
Iran toujours : et si les coupures internet en Iran avaient révélé l’existence d’une large campagne de désinformation ? Alors que le réseau était hors-ligne dans le pays du Moyen Orient, environ 1 300 faux comptes sur X, qui tweetaient régulièrement sur des événements politiques dans le monde depuis le référendum sur l'indépendance écossaise en 2014, ont soudain arrêté de publier du contenu.Le reste de l’actu de la censure numérique en bref :
🇮🇳📴 L’Inde continue d’être en tête des pays où l'on restreint le plus internet. D’après une étude du VPN Surfshark, 10 pays ont eu recours à des coupures internet en 2025. L’entreprise a compté 24 coupures en tout dans cette première partie de l’année - un total en hausse par rapport à cette même période en 2024. 
🇧🇩 Bonne nouvelle au Bangladesh : le gouvernement de transition a officiellement abandonné son plan controversé visant à imposer une coupure internet symbolique d’une minute à travers le pays après de vives critiques des citoyens. La coupure, initialement prévue pour le 18 juillet, devait marquer le moment en 2024 où le gouvernement précédent avait coupé l’internet mobile lors de manifestations massives, dans le but de réprimer la dissidence. Ce geste faisait partie du "Programme de Réveil de Juillet", une série d’événements commémoratifs annoncés par le gouvernement intérimaire.
🇳🇬 Moins bonne nouvelle au Nigeria : le site HumAngle rapporte que Chika Oduah, journaliste, archiviste et fondatrice du projet "Biafra War Memories", sur les archives de la guerre du Biafra, a confirmé que l'accès au site est devenu inaccessible sans l'utilisation d'un VPN. D’autres internautes nigérians ont d’ailleurs remarqué que tout site web dont le nom de domaine inclut le mot "Biafra" semble être bloqué.
🇷🇺🌍 "Il y a un an, nos 'miroirs' - des serveurs alternatifs avec des copies identiques de notre site - étaient bloqués peut-être deux fois par semaine. Maintenant ? Toutes les dix minutes. Nous changeons constamment de miroirs." Galina Timchenko, rédactrice-en-cheffe du média russophone d’opposition Meduza, a partagé son expérience de la censure du Kremlin le 11 juin à Berlin, lors d’une exposition célébrant les 10 ans du média.
🇨🇳 En Chine, des dizaines de jeunes femmes ont été arrêtées pour avoir écrit et partagé des fictions érotiques homosexuelles, connues sous le nom de “danmei”. Selon la BBC, au moins 30 autrices ont été détenues depuis février. Certaines sont toujours en détention, tandis que d'autres attendent leur procès ou sont en liberté sous caution.
🇺🇸 La Cour suprême des Etats-Unis a validé une loi du Texas visant à bloquer l'accès des mineurs aux sites pour adultes en exigeant une vérification d'identité. Le Free Speech Coalition, qui, comme son nom ne l’indique pas, est une organisation de défense de l’industrie pornographique aux Etats-Unis, n’est pas hyper contente.
🇬🇧 Le Royaume-Uni, plus au top dans le respect de la liberté d’expression… Pour la première fois depuis la création du Global Expression Report de l’ONG Article 19, le Royaume-Uni n'est plus classé comme un pays "ouvert" - la catégorie incluant les pays les plus respectueux des libertés fondamentales. Dans son dernier rapport, l'organisation de défense de la liberté d'expression a rétrogradé le pays dans la deuxième catégorie, où il côtoie l’Afrique du Sud, la Colombie, le Nigeria ou encore la Roumanie.Courant alternatif
💡 Recommandations d’experts du numérique
Coupures en Afrique : les 4 commandements de Davos

Les coupures intentionnelles d'internet ne sont pas simplement une violation pour les droits humains, mais un énorme fardeau pour l’économie.
En Afrique, tout particulièrement, elles ont des conséquences économiques majeures, perturbant des secteurs clés tels que le commerce numérique, les paiements mobiles et les opérations des petites et moyennes entreprises (PME), explique le Forum économique mondial.
En effet, ces interruptions entravent le commerce électronique, paralysent les transactions transfrontalières et coupent l'accès aux plateformes numériques essentielles pour la survie de nombreuses PME et entreprises informelles.
Avec une économie numérique en pleine expansion, l'Afrique est confrontée à des défis croissants liés à ces coupures. D'ici 2025, 500 millions d'Africains devraient être connectés en tant qu'acheteurs en ligne, et le marché du commerce électronique est estimé à près de 800 milliards d’euros d'ici 2032.
Les PME, en particulier celles opérant sur des marchés informels, dépendent fortement des outils numériques pour leurs activités quotidiennes. Toute interruption de la connectivité peut donc entraîner des pertes économiques significatives et freiner le développement.
Au-delà des pertes immédiates de PIB, les coupures internet ont des coûts cachés à long terme. Elles érodent la confiance du public dans les institutions, dissuadent les investissements étrangers et nationaux en créant une incertitude réglementaire, et augmentent le risque de pauvreté numérique. Les interruptions répétées de l'accès à l'information et aux marchés en ligne creusent les inégalités, en particulier parmi les jeunes, les communautés rurales et les femmes entrepreneures.
Des études ont montré que même des coupures temporaires peuvent entraîner des pertes économiques substantielles. Par exemple, une coupure d’internet en République démocratique du Congo (RDC) en décembre 2018 a eu un impact économique estimé à 2,5 millions d’euros par jour, d’après le NetLoss Calculator, un outil de calcul des impacts économiques des coupures internet développé par l’Internet Society. De même, une interruption en janvier 2019 au Zimbabwe aurait coûté au pays 4,8 millions d’euros pour chacun des six jours de la coupure.
Mais il n’y pas que du négatif ! Récemment, des décisions judiciaires en Afrique indiquent une tendance vers une meilleure protection des droits numériques. En mai 2025, la Cour de justice de la Cédéao a statué que la coupure internet imposée par le Sénégal lors des manifestations de juin et juillet 2023 était illégale et violait les droits des citoyens à la liberté d'expression et à l'accès à l'information. Quelques jours plus tard, la Haute Cour du Kenya a émis une injonction interdisant au gouvernement de perturber arbitrairement les services internet, établissant ainsi un précédent pour une surveillance constitutionnelle.
Pour éviter de plomber leurs économies avec ces pratiques, le Forum économique mondial recommande aux Etats africains, mais aussi aux institutions inter-étatiques, de déployer quatre actions prioritaires :
- Codifier des garanties juridiques contre les coupures internet arbitraires ou politiquement motivées, en assurant le respect de la procédure légale et des justifications fondées sur les droits.
- Élaborer des protocoles d'urgence transparents qui préservent la sécurité nationale sans compromettre la connectivité numérique ou la continuité économique.
- Promouvoir une gouvernance multipartite, en associant la société civile, les acteurs du secteur privé et les experts techniques pour façonner de manière inclusive les politiques numériques.
- Investir dans la résilience des infrastructures pour atténuer l'impact des perturbations localisées et garantir une inclusion numérique plus large.
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