đłïž Scrutins africains : pas de rĂ©seau
Courts-circuits | 29 septembre-9 novembre 2025
Message de service : Comme certains lâont sĂ»rement remarquĂ©, cette newsletter nâest pas parue depuis prĂšs de deux mois. Pour tenter de me rattraper, je vous ai concoctĂ© une Ă©dition bien touffue, qui revient sur les principaux Ă©vĂ©nements de ces sept derniĂšres semaines dans le domaine de la censure numĂ©rique. Et quâelles ont Ă©tĂ© riches !
Les derniers blocages en date
Nigeria đłđŹ DâaprĂšs la Nigeria Union of Journalists (NUJ), plusieurs localitĂ©s du nord de lâEtat de Zamfara, dans le nord du pays, sont privĂ©es de connexion internet depuis trois mois. La NUJ a adressĂ© une lettre au prĂ©sident exĂ©cutif de la Nigerian Communications Commission (NCC), autoritĂ© tĂ©lĂ©coms du pays, qualifiant la situation de âsiĂšge numĂ©riqueâ qui paralyse lâĂ©ducation, les activitĂ©s Ă©conomiques et la vie sociale dans la rĂ©gion. LâONG Access Now et la coalition #KeepItOn se sont jointes Ă la NUJ et appellent le gouvernement nigĂ©rian Ă restituer la connectivitĂ© dans la rĂ©gion.
Kenya đ°đȘ Netblocks a remarquĂ© le 3 novembre que lâapplication Telegram avait Ă©tĂ© bloquĂ©e, alors que certains Ă©lĂšves passent leur Kenya Certificate of Secondary Education (KCSE), lâĂ©quivalent kĂ©nyan du brevet des collĂšges.
Tanzanie đčđż Le pays a connu cinq jours entiers de coupures internet du 29 octobre, jour oĂč 38 millions de Tanzaniens votaient pour leur prochain prĂ©sident et leurs dĂ©putĂ©s, jusquâau 3 novembre.

Outre quâelle a rĂ©duit la libertĂ© dâexpression des citoyens tanzaniens, cette coupure nationale a aussi asphyxiĂ© lâĂ©conomie du pays. Parmi les dommages collatĂ©raux, des mĂ©dias africains et locaux ont rapportĂ© que des conducteurs de camions avaient Ă©tĂ© bloquĂ©s Ă la frontiĂšre kĂ©nyane et que certains services fintech et de paiements en ligne avaient Ă©tĂ© temporairement inaccessibles, par exemple. Au total, le blocage national de lâaccĂšs Ă internet aurait dĂ©jĂ coĂ»tĂ© 206 millions dâeuros Ă lâĂ©conomie tanzanienne, dâaprĂšs le Cost of Shutdown Tool (COST), un outil de calcul de lâimpact Ă©conomique des coupures internet dĂ©veloppĂ© par Netblocks.
Cette coupure a dâailleurs Ă©tĂ© condamnĂ©e par de nombreuses organisations, comme la Collaboration on International ICT Policy for East and Southern Africa (CIPESA), la Southern African Digital Inclusion Alliance (SADIA), la Commission africaine des droits de lâhomme et des peuples (CADHP) ou lâONG Access Now et la coalition #KeepItOn.
LâUnion europĂ©enne, de son cĂŽtĂ©, a exprimĂ© son mĂ©contentement face aux irrĂ©gularitĂ©s observĂ©es lors du processus Ă©lectoral en Tanzanie. âLâUE est vivement prĂ©occupĂ©e par les Ă©vĂ©nements survenus tout au long de la journĂ©e Ă©lectorale et qui se poursuivent encore, notamment les actes de violence, la coupure internet, ainsi que les signaux dâirrĂ©gularitĂ©s dans le dĂ©roulement du scrutin dans certaines zones. Les informations fiables faisant Ă©tat dâun nombre Ă©levĂ© de morts et de blessĂ©s graves sont source dâune inquiĂ©tude extrĂȘmeâ, indique un communiquĂ© du Haut ReprĂ©sentant de lâUE publiĂ© le 2 novembre.

En effet, malheureusement, ces Ă©lections ont Ă©galement Ă©tĂ© accompagnĂ©es de nombreux heurts dans les rues des villes tanzaniennes, avec un bilan qui pourrait monter Ă jusquâĂ 500 morts. Le gouvernement a mĂȘme imposĂ© un couvre-feu Ă Dar-es-Salam, la capitale.
Le scrutin a vu le prĂ©sident sortant Samia Suluhu Hassan se faire réélire mais le principal parti dâopposition, Chadema, a vivement contestĂ© cette victoire.
Et ce nâest pas fini : si la connexion Ă internet semble dĂ©sormais ĂȘtre rĂ©tablie dans le pays, Netblocks a identifiĂ© quâun nombre dâapplications Ă©taient encore bloquĂ©esâŠ

Cameroun đšđČ Quelques jours avant les Ă©lections en Tanzanie avait lieu lâĂ©lection prĂ©sidentielle au Cameroun. Et lĂ aussi, il semblerait que lâaccĂšs Ă internet en ait fait les frais. Bien que le coupure nationale nâait semble-t-il pas eu lieu, Netblocks et OONI ont bel et bien rapportĂ© des perturbations de lâaccĂšs Ă internet et/ou des blocages des rĂ©seaux sociaux dans le pays le 23 octobre, jour du scrutin.
Bloomberg rapporte que le gouvernement camerounais attribue ces problĂšmes dâaccĂšs Ă internet Ă une coupure de cĂąble sous-marin de fibre optique.

Malgré ces perturbations et de nombreuses pétitions pour annuler le scrutin, Paul Biya, le président sortant de 92 ans, a été réélu pour un huitiÚme mandat.
Afghanistan đŠđ« Le rĂ©gime des Talibans a imposĂ© une coupure internet du 29 septembre au 2 novembre - une extension nationale de blocages rĂ©gionaux appliquĂ©s au dĂ©but du mois de septembre. La raison : combattre la prolifĂ©ration de contenus âimmorauxâ. Et pour cette coupure, malheureusement, mĂȘme les VPN nâĂ©taient dâaucune aide.

Comme souvent aprĂšs un tel acte, les mĂ©dias ont rapportĂ© diffĂ©rents blocages dâapplications une fois lâaccĂšs Ă internet restituĂ©. Affaire Ă suivreâŠ
Jammu-et-Cachemire (Pakistan) đ”đ° Alors quâune manifestation Ă©clatait le 29 septembre dans la partie de la rĂ©gion contrĂŽlĂ©e par le Pakistan, le United Kashmir Peopleâs National Party (UKPNP), un parti socialiste et indĂ©pendantiste cachemirien, partisan dâun Etat du Cachemire indĂ©pendant du Pakistan et de lâInde, a dĂ©noncĂ© une coupure internet et des rĂ©seaux tĂ©lĂ©phoniques dans la rĂ©gion.
Lâactu de la censure numĂ©rique en bref
đâïž Nây aurait-il pas un moyen dâempĂȘcher toutes ces coupures internet en Afrique ? Figurez-vous quâen mars 2024, la Commission africaine des droits de lâhomme et des peuples (CADHP) a votĂ© une rĂ©solution sur les coupures internet en temps dâĂ©lections. Celle-ci - qui rĂ©pond au doux nom de ACHPR.Res.580 (LXXVIII) - exhorte les Etats membres Ă garantir un accĂšs sans restriction Ă internet avant, pendant et aprĂšs les Ă©lections. Avec un rĂ©sultat plus que mitigĂ©, puisquâon trouve parmi les membres de la CADHP le Cameroun et le Kenya, notamment.
đźđłđ§ââïž X (le rĂ©seau social dâElon Musk) devrait faire appel de la dĂ©cision de justice de la Haute Cour de lâEtat indien du Karnataka, qui avait rejetĂ© sa demande de faire machine arriĂšre sur un mĂ©canisme de contrĂŽle des contenus en ligne. Ce bras de fer judiciaire, qui oppose le gouvernement indien au rĂ©seau social dâElon Musk, prend racine en 2023. Depuis cette annĂ©e-lĂ , lâInde permet Ă des milliers de fonctionnaires dâexiger via le portail Sahyog le retrait de contenus (critiques politiques, caricatures, articles sensibles), sous prĂ©texte de lutter contre la âhaine en ligneâ. X refuse de coopĂ©rer et a saisi la justice en mars 2025, dĂ©nonçant des mesures illĂ©gales et liberticides.
đźđłâ©ïž Puis, le 22 octobre, retournement de situation : le ministĂšre indien des Technologies de lâinformation a modifiĂ© sa politique en limitant le nombre de personnes habilitĂ©es Ă Ă©mettre de telles directives aux hauts fonctionnaires et aux responsables policiers. DĂ©sormais, seuls les fonctionnaires de rang Ă©quivalent ou supĂ©rieur Ă celui de secrĂ©taire adjoint, ainsi que les officiers de police en fonction Ă partir du grade de sous-directeur gĂ©nĂ©ral pourront ordonner le retrait de contenus, a indiquĂ© le gouvernement dans sa rĂ©vision des rĂšgles.
đšđłđ” La Chine serait le pays qui bloque le plus dâapplications âsocialesâ (rĂ©seaux sociaux et messageries instantanĂ©es), dâaprĂšs une Ă©tude de la plateforme de marketing dâinfluence Heepsy. Selon ce mĂȘme rapport, Facebook serait le service le plus bloquĂ© Ă travers le monde dans cette catĂ©gorie, suivi par WhatsApp et YouTube.
đ·đșđą LâONG Roskomsvoboda, qui luttait pour les droits numĂ©riques en Russie depuis 13 ans, cesse ses activitĂ©s. Artiom Kozliouk, qui dirige lâONG, a dĂ©clarĂ© le 9 octobre que lâorganisation Ă©tait inactive depuis dĂ©but septembre, prĂ©cisant que la raison en Ă©tait un manque de âressources humainesâ.
đźđ·đČ LâIran devrait lever lâinterdiction dâutiliser Telegram, une application bannie depuis 2018 dans le pays, mais cette dĂ©cision semble prendre plus de temps que prĂ©vu. La faute aux fournisseurs de VPN, qui bĂ©nĂ©ficieraient de ce blocage, dâaprĂšs Mostafa Pourdehghan, secrĂ©taire de la commission de lâIndustrie et des Mines du Majlis, le Parlement iranien.
đ”đžđš Racha Mourtada, spĂ©cialiste en gĂ©opolitique Ă lâInternational Advisory Group, un think tank de rĂ©flexions gĂ©opolitiques sur le secteur public, a alertĂ©, dans une tribune sur le site dâInternet Society, de la situation inquiĂ©tante de la bande de Gaza dans le domaine de lâaccĂšs Ă internet. La rĂ©gion subit en effet de nombreuses coupures et perturbations de la connectivitĂ© numĂ©rique depuis fin 2023. Parmi les recommandations de lâautrice, une a retenu mon attention : la crĂ©ation dâun plan national dâurgence des tĂ©lĂ©communications (NETP), câest-Ă -dire un cadre opĂ©rationnel issu dâune une coordination entre divers acteurs (gouvernements, opĂ©rateurs de tĂ©lĂ©communications, organisations internationales et sociĂ©tĂ© civile) permettant de maintenir les rĂ©seaux de tĂ©lĂ©communications (internet, tĂ©lĂ©phonie mobile, infrastructures critiques) en fonctionnement, mĂȘme dans des conditions extrĂȘmes.
đšđŠđïž Lors de son tĂ©moignage devant le comitĂ© permanent de la sĂ©curitĂ© publique de la Chambre des communes, le 28 octobre, Andre Arbour, directeur gĂ©nĂ©ral de la politique des tĂ©lĂ©communications et dâinternet au ministĂšre de lâIndustrie, a affirmĂ© que le projet de loi (Bill) C-8 â qui permettrait au gouvernement dâinterdire Ă des fournisseurs de tĂ©lĂ©communications dâoffrir des services Internet Ă des individus âspĂ©cifiquesâ â ne servirait pas Ă censurer la libertĂ© dâexpression des Canadiens.
đ°đđïž Au Cambodge, en revanche, le gouvernement a dĂ©terrĂ© un projet abandonnĂ© - et funeste. Celui-ci propose dâintroduire une âpasserelle internet nationaleâ et de permettre Ă Telecom Cambodia, fournisseur public dâaccĂšs Ă internet, dâaider le gouvernment Ă contrĂŽler les rĂ©seaux sociaux. Un plan qui ne plaĂźt Ă©videmment pas Ă tout le mondeâŠ
đĄïž Celle-ci est un peu complexe, mais nĂ©anmoins importante. Mullvad, lâun des fournisseurs de VPN prĂ©fĂ©rĂ©s des experts en cybersĂ©curitĂ©, a dĂ©ployĂ© une technologie de brouillage sur ses applications mobile (Android/iOS), qui camoufle le trafic VPN en trafic internet normal (via HTTP/3), rendant son utilisation indĂ©tectable mĂȘme dans les pays oĂč les VPN sont bloquĂ©s - comme la Chine ou la Russie - tout en amĂ©liorant la stabilitĂ© sur les rĂ©seaux instables.
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