📮 Un VPN pour parler à Usbek et Rica

Dans les coulisses des "Coupures persanes"

📮 Un VPN pour parler à Usbek et Rica

Disclaimer : je m’en tiens ici aux dĂ©veloppements liĂ©s aux coupures internet et aux restrictions des droits numĂ©riques et ne m’épancherai pas sur les conflits en cours 😉

Courts-circuits

🆕 Les derniùres perturbations de l’internet

Les derniers blocages en date :

Kenya 🇰đŸ‡Ș Des tĂ©lĂ©visions, des radios et Telegram bloquĂ©s depuis quelques jours. Une manifestation contre le rĂ©gime au pouvoir au Kenya, qui a dĂ©butĂ© le 25 juin, a Ă©tĂ© considĂ©rĂ©e illĂ©gale par le gouvernement. D'aprĂšs une lettre de la Communications Authority of Kenya (CA) du 25 juin, Ă  laquelle Coupe-circuit a eu accĂšs, cette manifestation enfreint les articles 33(2) et 34(1) de la constitution du pays et la section 461 d'une loi sur les communications de 1998. De fait, dans cette lettre, le rĂ©gulateur interdit aux mĂ©dias de couvrir cette manifestation - une dĂ©cision dĂ©noncĂ©e par l'ONG Africa Uncensored. Certains mĂ©dias, comme Kenya Television Network (KTN), auraient refusĂ© de se soumettre Ă  cette directive, d'aprĂšs des sources consultĂ©es par Coupe-circuit, et ont Ă©tĂ© mis hors-antenne pendant plusieurs heures.

Toutefois, le 25 juin également, le juge Chigiti John Mugwimi, de la Haute Cour du Kenya, a ordonné que la directive de la CA soit retirée aprÚs une demande de la Kenya Human Rights Commission (KHRC) et du Katiba Institute. Les deux organisations arguaient que la décision était contraire à plusieurs dispositions de la constitution du pays ainsi qu'à plusieurs lois nationales.

Par ailleurs, l'accÚs à l'application de messagerie Telegram a été bloqué (confirmé par OONI et Netblocks) et des utilisateurs ont fait état de la détérioration de leur connexion à internet dans le pays. Certaines ONG, telles que la KHRC, ont réclamé des opérateurs kényans qu'ils s'abstiennent de restreindre volontairement l'internet. Des actes qui rappellent ceux d'il y a un an, quand le gouvernement kényan avait coupé une bonne partie de l'internet du pays en marge de manifestations contre un projet de loi de finances.

Panama đŸ‡”đŸ‡Š Depuis le 15 juin, des coupures internet ont Ă©tĂ© identifiĂ©es dans la province de Bocas del Toro en marge d’une grĂšve et de manifestations des travailleurs de l’industrie de la banane. Des restrictions ont Ă©tĂ© enregistrĂ©es dans la rĂ©gion au moins jusqu’au 25 juin, ont confirmĂ© IODA et Netblocks. Fin avril, le CongrĂšs panamĂ©en a approuvĂ© des changements concernant les retraites qui, selon les dĂ©tracteurs de cette mesure, conduiraient Ă  des horaires de travail plus longs et Ă  des pensions de retraite plus faibles pour les employĂ©s de l’industrie agro-alimentaire.

Russie đŸ‡·đŸ‡ș  D'aprĂšs certains mĂ©dias spĂ©cialisĂ©s et le Centre ukrainien de lutte contre la dĂ©sinformation (CPD), plusieurs rĂ©gions russes, comme le kraĂŻ du PrimoriĂ©, Ă  l'extrĂȘme-est du pays, l'oblast de Sverdlovsk, dans l'Oural et l'oblast de Tioumen, en SibĂ©rie de l'Ouest, mais aussi quelques autres localitĂ©s ont rĂ©cemment subi des coupures internet, notamment les rĂ©seaux mobiles. Cloudflare a aussi identifiĂ© des dĂ©gradations du trafic dans le pays. Cyberattaques de la part de groupes de hackers activistes (hacktivistes) pro-ukrainiens ? Mesures de sĂ©curitĂ© ? Restrictions de l'accĂšs Ă  l'information ? Les spĂ©culations vont bon train, mais Coupe-circuit n'est en mesure de confirmer ni la vĂ©racitĂ© de ces coupures ni la ou les raisons de celles-ci Ă  l'heure d'Ă©crire ces lignes.

Iran (suite) đŸ‡źđŸ‡· Alors que l’internet Ă©tait revenu, bien qu’encore en “mode dĂ©gradĂ©â€ dans une bonne partie du pays au moment d’écrire l’édition de Coupe-circuit la semaine derniĂšre, plusieurs organisations, dont Cloudflare, Kentik et Netblocks, ont confirmĂ© qu’une nouvelle coupure nationale avait dĂ©butĂ© le 18 juin et durĂ© au moins jusqu’au 21 juin. D’aprĂšs Cloudflare, seul le National Information Network (sorte d’intranet national contrĂŽlĂ© par l’Etat) fonctionnait le 20 juin. L’internet a Ă©tĂ© peu Ă  peu rĂ©tabli Ă  partir du 21 juin, avec la restauration des rĂ©seaux mobiles suivi du retour complet Ă  la normale le 25 juin, lendemain du cessez-le-feu entre l’Iran et IsraĂ«l. Le ministre iranien par intĂ©rim des Communications, Sattar Hashemi, a confirmĂ© l'Ă©volution de la situation via un message sur X, dĂ©clarant : “Avec le retour Ă  la normale de la situation, l'accĂšs aux communications a Ă©galement Ă©tĂ© rĂ©tabli dans son Ă©tat initial.”
Quant Ă  la vĂ©ritable raison derriĂšre ces coupures, le rĂ©gime iranien semble pointer vers des risques de cyberattaques venus d’IsraĂ«l. Le ministĂšre des Technologies de l'information et de la communication avait justifiĂ© cette mesure en invoquant de “graves menaces pour la sĂ©curitĂ©â€, avertissant que “l'ennemi agressif tentait d'exploiter l'infrastructure de communication nationale de l'Iran Ă  des fins militaires, mettant ainsi en danger la vie de civils innocents.” Plus tard, Predatory Sparrow (aka Gonjeshke Darande), un groupe de pirates informatiques pro-IsraĂ«l (mais dont on ne sait pas Ă  ce stade s’il est liĂ© au gouvernement israĂ©lien) a revendiquĂ© des cyberattaques contre la platfefrome iranienne d’échange de cryptomonnaies Nobitex et la banque Sepah. Le gouvernement iranien a assurĂ© que les restrictions internet servaient Ă  "maintenir la stabilitĂ© du rĂ©seau" face aux "cyberattaques de l'ennemi", selon la porte-parole Fatemeh Mohajerani. De leur cĂŽtĂ©, les dĂ©fenseurs des droits numĂ©riques ont exhortĂ© l'Iran Ă  maintenir la transparence et Ă  Ă©viter de futures coupures qui restreignent la libertĂ© de l'information.

Scrollez vers la rubrique “Hors circuits” pour en savoir plus sur l’impact de ces coupures sur les Iraniens d’Iran et de la diaspora et vers la section “Eclairage” pour comprendre les dessous technologiques de ces coupures ⏬⏬

Gaza (suite) đŸ‡”đŸ‡ž  Une partie de la bande de Gaza a Ă  nouveau subi des coupures internet, notamment dans les rĂ©gions centrales et du nord, a confirmĂ© Netblocks. Il s’agit de la quatriĂšme salve de perturbations depuis le dĂ©but du mois de juin. Le 19 juin, la coalition #KeepItOn a publiĂ© une lettre ouverte demandant Ă  IsraĂ«l de cesser les coupures internet Ă  Gaza.

Irak & Syrie (suite) đŸ‡źđŸ‡¶đŸ‡žđŸ‡Ÿ C’était annoncĂ©, c’est dĂ©sormais confirmĂ© (par Kentik) : l’Irak poursuit d’appliquer des coupures internet temporaires dans le cadre des examens scolaires. Et maintenant, la Syrie fait de mĂȘme, en coupant au moins les rĂ©seaux mobiles pendant les examens, d’aprĂšs Cloudflare. 

L’actu de la censure numĂ©rique en bref :

đŸ“” Les rĂ©seaux sociaux, pas en odeur de saintetĂ©. Alors que la Tanzanie a banni X le 4 juin Ă  cause du porno qui inonde la plateforme depuis la reprise en main par Elon Musk, le Vietnam, lui, a ordonnĂ© aux opĂ©rateurs de bloquer Telegram d’ici le 2 juillet, estimant que la messagerie ne fait pas assez pour contrer les messages haineux et les contenus illĂ©gaux. Quant Ă  TikTok, il semblerait que l’application bĂ©nĂ©ficie un nouveau sursis de 90 jours pour trouver un acquĂ©reur aux Etats-Unis.
🍆 En parlant de porno, il semblerait que Pornhub, YouPorn et RedTube soient de nouveau accessibles en France, 15 jours aprĂšs leur blocage. Une dĂ©cision de justice a suspendu un arrĂȘtĂ© français qui rĂ©clamait que ces sites demandent l’ñge de leurs utilisateurs, pour non conformitĂ© avec le droit europĂ©en.
⚡ L’Inde et le Pakistan se livrent une guerre
 aussi sur internet. Une guerre d’influence, cette fois-ci, qui voit les deux pays gĂ©obloquer l’accĂšs Ă  des comptes sur les rĂ©seaux sociaux, des chaĂźnes YouTube, voire des podcasts sur Spotify.
đŸ‡·đŸ‡ș La Russie, elle, semble s’affairer pour contrĂŽler encore plus son cyber-espace - connu sous le nom de RuNet. Parmi les projets Ă  venir, le gouvernement prĂ©voit de crĂ©er une base de donnĂ©es nationale des numĂ©ros IMEI, un type d’identifiant pour les appareils mobiles. Le ministĂšre russe du DĂ©veloppement numĂ©rique, des Communications et des MĂ©dias affirme que cette base de donnĂ©es sera utilisĂ©e pour lutter contre la fraude financiĂšre mais cela signifie aussi que les autoritĂ©s pourront bloquer les appareils individuels des rĂ©seaux mobiles, mĂȘme aprĂšs que les fraudeurs  - ou tout autre cible - ont changĂ© de numĂ©ro de tĂ©lĂ©phone. Le 10 juin, le Parlement russe a Ă©galement adoptĂ© une loi visant Ă  crĂ©er une application de messagerie “dotĂ©e de la capacitĂ© d'utiliser les services de l'État”. La description prĂ©cise de l'application dans la lĂ©gislation suggĂšre qu'elle a Ă©tĂ© rĂ©digĂ©e pour s'adapter Ă  une application de messagerie appelĂ©e Max, dĂ©veloppĂ©e par VK, la plus grande plateforme de rĂ©seaux sociaux russe. Celle-ci serait une sorte de super-app que les citoyens russes pourraient utiliser pour tout un tas d’activitĂ©s. Un bon moyen de supplanter WhatsApp et Telegram sans pratiquer une censure trop Ă©vidente, argue le mĂ©dia Global Voices.
🇹🇳 La Chine n’est pas en reste : le gouvernement de PĂ©kin dĂ©velopperait une carte d’identitĂ© nationale virtuelle potentiellement obligatoire dans le futur pour accĂ©der Ă  de multiples services, d’aprĂšs CNN.
🇬🇭 Et si le Ghana adoptait un Grand Firewall Ă  la chinoise ? C’est ce que propose Jeffrey Vava, analyste en cybersĂ©curitĂ© au sein d’Ecobank, dans une tribune publiĂ©e sur le journal ghanĂ©en Business & Financial Times.

Hors circuits

đŸ—Żïž RĂ©cit des disjonctĂ©s de l’internet

Et les Iraniens dans tout ça ?

Téhéran en 2018. Crédit : Farzad Mohsenvand/Unsplash

“Bonjour, et merci de prendre le temps d'Ă©couter. La vie est pleine de surprises inattendues et ces surprises peuvent parfois apporter de la joie tandis qu'Ă  d'autres moments, elles nous mettent Ă  l'Ă©preuve. La clĂ© est de dĂ©couvrir la force en nous pour surmonter ces dĂ©fis.”

C’est avec ce message vocal cryptique de 90 secondes que les personnes ayant tentĂ© d’appeler leurs proches en Iran ces derniers jours ont Ă©tĂ© reçues, avant que la voix leur recommande de fermer les yeux et de s’imaginer dans un endroit qui leur apporte “la paix et le bonheur”.

C’est notamment ce qu’a pu vivre Azar Oliaei Motlagh, un mĂ©decin de 37 ans Ă  Ann Arbor, dans le Michigan, qui n’a pas eu de nouvelle de sa famille pendant des jours, rapporte le mĂ©dia local MLive.

Il n’est pas clair si ce message, transmis seulement pour un appel mobile vers l’Iran depuis l’étranger, alors que les lignes WhatsApp sont injoignables, soit le fait du gouvernement iranien ou d’une Ă©ventuelle cyberattaque israĂ©lienne. Quoiqu’il en soit, il n’est pas certain que cela rassure le docteur et ses compatriotes sur l’état de santĂ© de leurs ĂȘtres chers


La censure internet, les Iraniens connaissent. MĂȘme dans les meilleurs moments, les autoritĂ©s iraniennes exercent un contrĂŽle assez strict sur l'accĂšs Ă  internet, limitant ou bloquant souvent complĂštement l'accĂšs aux rĂ©seaux sociaux populaires comme Instagram, Facebook, X ou YouTube, et aux messageries instantanĂ©es comme Telegram ou WhatsApp.

Elles ont Ă©galement proscrit l'utilisation d'outils tels que les rĂ©seaux privĂ©s virtuels (VPN) conçus pour contourner la censure d'internet - mĂȘme si une telle interdiction s’avĂšre souvent plus facile Ă  dĂ©cider qu’à mettre en place.

Mais cette fois-ci, ce sont 90 millions d’Iraniens qui, d’un coup, sont privĂ©s de communication entre eux et avec le monde extĂ©rieur.

“C'est comme attendre Ă  l'extĂ©rieur d'une salle d'opĂ©ration, sans savoir ce qui se passe pendant l'opĂ©ration, a dĂ©clarĂ© Shirin, une jeune Iranienne vivant en Europe, au mĂ©dia d’Abu Dhabi The National. La derniĂšre chose que mon pĂšre m'a dite avant la coupure, c'Ă©tait : 'Ne t'inquiĂšte pas, reste oĂč tu es et continue ta vie. Tout va bien se passer.' Mais, bien sĂ»r, nous sommes complĂštement paniquĂ©s.”

“Je pense que [les autoritĂ©s] ont coupĂ© internet pour empĂȘcher un soulĂšvement populaire et aussi pour gĂ©rer la situation de [crise],” a dĂ©clarĂ© l'expert en cybersĂ©curitĂ© Mamadou Babaei Ă  Radio Farda, relayĂ© par Radio Free Europe/Radio Liberty. ”Internet n'est pas complĂštement coupĂ©, il y a encore des moyens pour que les gens puissent se connecter.”

Toutefois, il s’agit bel et bien de la plus grosse coupure internet du pays depuis 2019, d’aprĂšs l’organisation londonienne Netblocks, qui a regrettĂ© que ces restrictions aient “sĂ©vĂšrement limitĂ© la capacitĂ© du public Ă  exprimer des opinions politiques, Ă  communiquer librement et Ă  suivre les alertes de sĂ©curitĂ©.”

Amir Rashidi, directeur des droits numériques et de la sécurité au sein du groupe Miaan, a déclaré à NBC News que certaines applications occidentales avaient cessé de fonctionner. Il a indiqué que WhatsApp, Instagram, l'Apple App Store et le Google Play Store figuraient parmi celles qui étaient bloquées en Iran.

Par ailleurs, dans un avertissement diffusĂ© sur la chaĂźne de tĂ©lĂ©vision publique Islamic Republic of Iran Broadcasting (IRIB), le gouvernement iranien a exhortĂ© ses citoyens Ă  supprimer WhatsApp et Instagram de leurs smartphones, affirmant que ces applications populaires divulguent des donnĂ©es personnelles Ă  IsraĂ«l. L'annonce accusait Meta - le gĂ©ant amĂ©ricain de la technologie qui possĂšde les deux plateformes - de faciliter la collecte secrĂšte de donnĂ©es pour les services de renseignement Ă©trangers. Ce que Meta a niĂ© en bloc, assurant que ces allĂ©gations Ă©taient “complĂštement fausses”.

Un porte-parole de WhatsApp a dĂ©clarĂ© que sa sociĂ©tĂ© mĂšre, Meta, Ă©tait engagĂ©e dans un “jeu du chat et de la souris” avec l'Iran.

Pendant ce temps, le National Information Network (Réseau national d'information iranien), un réseau fermé de sites approuvés par le gouvernement, est resté en ligne pour la plupart des utilisateurs.

Pour contourner les restrictions, certains Iraniens tentent tout. D’aprĂšs Top10vpn.com, la demande de VPN a explosĂ©, avec une augmentation de l’usage de services VPN de 707% par rapport Ă  la pĂ©riode prĂ©cĂ©dant le shutdown. Selon une autre analyse de la plateforme logicielle Softonic, les tĂ©lĂ©chargements assistĂ©s par VPN ont augmentĂ© de 95 % entre deux pĂ©riodes observĂ©es, du 6 au 9 juin et du 13 au 16 juin. Mais le rĂ©gime iranien a vu venir : “Nous ne pouvons plus utiliser les VPN, a dĂ©clarĂ© Amir, un Iranien dont le prĂ©nom a Ă©tĂ© modifiĂ©, au Guardian. Pour contourner cette coupure d'internet, nous utilisons des liens proxy spĂ©ciaux, essentiellement des 'tunnels secrets' qui acheminent les messages via des serveurs situĂ©s hors d'Iran.”

"Ces liens font partie des fonctionnalités de l'une des applications [...] ils acheminent le trafic Telegram depuis un serveur interne, poursuit le jeune de 23 ans. Chacun d'eux fonctionne pendant quelques heures puis cesse de fonctionner. Je suis donc constamment à la recherche de nouveaux pour les envoyer à mes proches."

Autre option : l’internet par satellite, fourni par le Starlink d’Elon Musk ou d’autres. Mais, contrairement Ă  la tĂ©lĂ©vision par satellite, vers laquelle se tournent environ 30% d’Iraniens afin de s’informer via des chaĂźnes non censurĂ©es, d’aprĂšs le site israĂ©lien Ynetnews, celui-ci est cher et peu accessible. Toutefois, l’ONG Holistic Resilience estime que 30 000 Ă  40 000 antennes Starlink sont dĂ©jĂ  en Iran, sur la base d'analyses de rĂ©seau et de conversations avec des distributeurs locaux.

Les gagnantes dans tout cela sont les start-ups iraniennes qui offrent des services comparables aux Big Techs, telles que Digikala, alternative e-commerce Ă  Amazon, et Taps, sorte de Uber iranien.

L'Iran figure parmi les cinq premiers pays en termes de taux de croissance du mobile (plus de 20%) au Moyen-Orient, avec une couverture 4G atteignant 92% du pays et une couverture 5G desservant 20 millions d'utilisateurs. Les Iraniens possĂšdent en moyenne 1,7 appareil mobile par personne, soit plus que la moyenne amĂ©ricaine qui est de 1,2. Mais derriĂšre ces chiffres prometteurs, se cache une plus triste rĂ©alitĂ© que cette nouvelle crise vient souligner une fois de plus : le pays est en proie Ă  un contrĂŽle des communications de plus en plus intraitable. Et cela se voit notamment sur son traitement des journalistes et des mĂ©dias : l’Iran se classe 176e sur 180 pays dans le Classement mondial de la libertĂ© de la presse 2025 de Reporters sans frontiĂšres (RSF), qui condamne fermement les derniĂšres coupures.

D’ailleurs, pour les anglophones qui souhaitent en savoir plus, l’ONU vient tout juste de publier un rapport d’urgence sur la situation des droits humains en Iran, à lire ici.

Eclairage

⚙ DĂ©cryptage des mĂ©canismes de censure

Au fait, comment fait-on pour bloquer l’accùs à internet ?

Exemple d'altération du routage. Crédit : Studio graphique France Médias Monde

L’Iran est l’un des exemples les plus citĂ©s lorsque l’on parle de censure de l’internet, et pourtant, ce n’est probablement pas le pays le plus Ă©tudiĂ© par les chercheurs dans ce domaine. Et pour cause : il n’est pas facile de dĂ©terminer ce qu’il se passe en coulisse dans un tel pays, pas exactement le plus transparent dans le domaine du contrĂŽle de l’information.

Une chose est sĂ»re : si dans beaucoup de pays, les coupures internet sont, dans les faits, opĂ©rĂ©es par les fournisseurs d’accĂšs (FAI) sous l’injonction du gouvernement, il semblerait qu’en Iran, comme en Chine et, dans une moindre mesure, en Russie, le gouvernement lui-mĂȘme ait les mains dans le cambouis.

On sait par exemple que les autoritĂ©s iraniennes ont dĂ©veloppĂ© le systĂšme SIAM, qui leur permet d’espionner et de manipuler le trafic internet mobile de leurs citoyens. On sait aussi que le pays, entre plus d’avoir son National Information Network, dont on a parlĂ© plus haut, et de bloquer quelques applications populaires, a dĂ©veloppĂ© son propre systĂšme de Grand Firewall Ă  la chinoise - probablement plus strict encore que celui de PĂ©kin. Et, d’aprĂšs plusieurs Ă©tudes et enquĂȘtes relayĂ©es par NetAskari, la Chine joue certainement un rĂŽle dans ce systĂšme, voire fournit des services de surveillance et de contrĂŽle de l’internet Ă  l’Iran.

En revanche, opérer une coupure internet nationale comme celles qui ont eu lieu ces derniÚres semaines est plus délicat. Alors comment le gouvernement a-t-il pu faire ?

Le site The Conversation n’y va pas par quatre chemins : il y a deux possibilitĂ©s pour couper l’internet dans tout un pays :

  • DĂ©brancher le matĂ©riel qui sert Ă  connecter le pays Ă  internet, mais cela semble trop risquĂ© pour l’économie du pays
  • OpĂ©rer des mesures de restrictions logicielles

Dans un article que j’ai (auteur de Coupe-circuit) Ă©crit en septembre 2023, j'identifiais six grandes mĂ©thodes:

  1. Endommager ou saturer la connexion:

    • DĂ©sactiver ou dĂ©truire les infrastructures (ex. : coupures d’électricitĂ© en Syrie en 2011)

    • Attaques par dĂ©ni de service (DDoS) : surcharger un service pour le rendre inaccessible (ex. : attaques contre l’Iran en 2012 et 2022)

  2. Altérer le routage internet (via le Border Gateway Protocol, ou BGP):

    • Bloquer les requĂȘtes ou les rĂ©ponses entre les serveurs et les utilisateurs

    • UtilisĂ© lors d’élections ou de coups d’État (ex. : Gambie en 2016, Gabon en 2019)

  3. Manipuler le systĂšme des noms de domaine (DNS):

    • Bloquer l’accĂšs Ă  des sites en modifiant leur rĂ©solution DNS.

    • Permet de cibler des plateformes comme Facebook, WhatsApp ou Twitter

  4. Utiliser des outils de filtrage commerciaux:

    • Solutions comme Cisco ou Blue Coat pour bloquer des services spĂ©cifiques.

    • Proxies et serveurs intermĂ©diaires pour contrĂŽler les communications.

  5. Inspection profonde des paquets (DPI):

    • Analyser le contenu des donnĂ©es transitant sur le rĂ©seau (au-delĂ  des en-tĂȘtes).

    • Permet une surveillance et un blocage ciblĂ©s (ex. : Iran)

  6. Cloner l’infrastructure tĂ©lĂ©com:

    • CrĂ©er une version parallĂšle du rĂ©seau pour rediriger et contrĂŽler le trafic

    • MĂ©thode sophistiquĂ©e utilisĂ©e par des rĂ©gimes autoritaires

Certaines de ces mĂ©thodes sont souvent combinĂ©es pour maximiser l’impact des restrictions.

Vous souhaitez en savoir plus ? Lisez l’article complet sur RFI ici.

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Message de service : Je commence tout juste Ă  publier cette newsletter chaque semaine et, comme certains d'entre vous l'ont peut-ĂȘtre remarquĂ©, je ne publie pas cette deuxiĂšme Ă©dition le mĂȘme jour que la premiĂšre. C'est principalement dĂ» au fait que 1. je souhaite tester plusieurs jours de publication pour voir lequel fonctionne le mieux et 2. cette semaine, je couvrais un Ă©vĂ©nement dans le cadre de mon rĂŽle de journaliste cybersĂ©curitĂ©.

Plus gĂ©nĂ©ralement, je veux ĂȘtre complĂštement transparent : je vais tĂątonner encore pendant quelques semaines, voire quelques mois, avec cette newsletter. Je n'ai pas encore dĂ©cidĂ© d'un jour de publication fixe ni finalisĂ© une "direction artistique" (exemple : j'aimerais une banniĂšre et des visuels Ă  utiliser, si quelqu'un est prĂȘt Ă  m'aider, je suis preneur). MĂȘme pour ce qui est des rubriques : bien que j'en aie identifiĂ© un certain nombre, dont deux devraient ĂȘtre prĂ©sentes chaque semaine et d'autres tournantes, elles sont susceptibles de changer. N'hĂ©sitez pas, pour les quelques-uns d'entre vous qui commencent Ă  lire Coupe-circuit, Ă  me faire des retours (voir la page “À propos” pour me contacter).